Hymne aux marins

Hymne aux marins à travers une route du Rhum 2014 magique !!

J’ai décidé de vous raconter la route du Rhum à travers le point de vue  d’une femme embarquant mentalement,  vaille que vaille,  sur le monocoque de son amour de marin.

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Je ne crois pas au hasard même lors d’un RDV improvisé !  Je suis montée à bord de l’automobile d’un marin direction Saint-Malo. Il avait les yeux remplis d’espoir à la vue des embarcations, dans les starting-blocks avant le coup de feu du départ de la Route du Rhum !! J’étais ébahie par tant de magie athmosphèrique.

Sur un ponton, j’ai rencontré, Manon. Elle était près de trépasser devant son amour qui allait prendre le large.  Je lui  fis un signe de la main en guise de bonjour, et, lui lançai un regard compatissant mais sans trop en faire…! Elle vint me parler. La solidarité est de mise dans ce milieu. La fraîcheur et la simplicité de cette femme nous a permis d’échanger librement le temps d’un débriefing inopiné !

Manon termine sa 29 ème année, c’est une sacrée femme de caractère, de petite taille, fluette, blonde aux yeux bleus si intenses que la mer en pali d’envie.  Pimpante avec sa petite jupe marine et son col roulé turquoise. Ses cheveux longs emmêlés nous indiquent la direction du vent.  Elle semblerait ne pas frémir devant un tigre affamé ou un éléphant énervé. Manon est dotée d’un petit embrun de folie !

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C’est la route du Rhum, Je suis femme de marin, J’ai le vague à l’âme et à la fois je suis impatiente qu’il parte  à la conquête de ses ambitions, qui me font, moi aussi,  comme nous tous ou presque, vivre une sacré aventure humaine!

J’ai vibré tout au long de ces mois de préparation,  tremblé au moment du départ et pleuré une fois dans ma bannette Ikea pour écoper mes émotions. « Merci mon amour au moins avec toi je ne m’ennuie pas ! »

Sur les pontons embrumés, quand je vous aperçois parés à prendre le départ dans ce flot entremêlé d’excitation, d’inquiétude et de joie à quitter cet espace terrestre qui vous donne le mal de mer... Alors j’attrape le temps du départ le mal de terre… 

Vous partez à l’aventure ! Nous aussi, elle ne s’arrête jamais ! La mienne a commencé dès le jour où j’ai plongé un vendredi soir ! Paf ! Dans un verre de trop ! Cette ivresse m’a déboussolée et conduite à entremêler nos langues émoustillées. Le début d’une histoire ponctuée d’émois et de passion épicée au gré des courses, des records, des régates et autres festivités.

Quand l’aventure démarre, vous pensez : dossiers sponsoring, communication, recherche d’idées saugrenues pour faire rentrer un peu de liquide… car un marin, sauf exception, tel un instituteur n’est jamais riche. Un tel projet ne s’invente pas et l’énergie consacrée ne se fait pas discrète !

L’horloge biologique terrestre devient obsolète : la notion de temps  et de ponctualité se cale  aux heures de marées… Je suis devenue un as pour interpréter les cartes météo, je sais à quel moment je ne vais pas dormir : au passage du front ! Surtout à cet instant,  j’évite de me remémorer le côté mortel de mon chéri, et de penser que  je l’ai déjà  vu pleurer et hurler en voyant une petite araignée !

Les escales aussi peuvent être sources d’insomnies, le marin boit pour fêter son arrivée à bon port et les sauterelles écervelées ne se gênent pas pour jaillir, à moitié nues, de n’importe quel bout du bar en battant des cils! Heureusement nous savons qu’un marin à son retour dormira immédiatement en position allongée, que son odeur est toxique pour les sauterelles. Ouf !

C’est important d’être confiante ! Bonzaï ! Si j’en chope une je l’éclate sur le tabouret de bar. Quant au marin il pourra  pleurer sur sa quille endolorie ! Non mais oh ! Il ne s’agirait pas de nous prendre pour des oursins de deux semaines. Mon option : ranger toute naïveté au placard, garder les idées claires et faire du sport au cas où il faudrait que je me batte !

En temps de course, votre vie est suspendue aux points info du site internet qui vous donne les positions en temps réel ou presque ! Au comité d’organisation qui prévient les familles en cas de tuile !! (En général en mer les petits pépins sont rares, c’est souvent des noyaux qu’on ramasse) Sans oublier les Flashs info et remarques en tout genre qui nous bercent également !  Cette période a un penchant légèrement antipathique surtout si l’on sait que notre super héros peut atteindre ses limites  !!

L’océan est toujours certain de vous revoir.  Quelle femme n’aimerait pas être « mer » une fois pour sentir ce moment où vous vous livrez corps et âme, où vous prenez soin d’elle pour y construire de belles trajectoires, pour l’écouter au gré du vent, s’adapter aux allures, hisser les voiles en fonction des capacités techniques que le bateau pourra supporter… envoyer le spi pleine balle et surfer si vite que les sensations raisonnent encore…

Comme quoi les femmes  sont des bateaux comme les autres.... A croire que chaque homme est un marin qui s’ignore.

Vous êtes heureux, même les cheveux poisseux, le cul trempé, mycosé par le sel et la gueule gonflée par la fatigue. Mon homme a le regard pétillant d’un gars qui jouit de son rêve d’enfant, qui se réalise et secrètement se dit « je suis tout de même paré d’une bonne grosse paire … de bottes étanches supersoniques» !

Les femmes perdent souvent toute objectivité, plus le voileux semble rentrer de l’espace et avoir affronté des crocodiles géants, des sirènes envoutantes des apéros endiablés, des vagues scélérates, et plus leur charme en est renforcé.

Le rasé, chevelu, poilu, ventru est toujours un Dieu bondé de charme, mêmes les rides deviennent belles. Ils ont une identité ancrée, un peu comme superman et son slip,  Zorro et son fouet, Merlin et sa baguette, Zidane est son ballon … c’est indécrottable ! Quel désastre !!!!

Les marins ne sont pas nés avec des branchies, le plus souvent ils n’aiment pas être dans l’eau. C’est la Mer qu’ils aiment, c’est cette sensation de liberté, de puissance.  Elle n’appartient à personne, elle vit, rugit, berce, malmène, tourmente, vole, vibre, prend ce qu’elle veut, donne si elle le désire, elle est comblée de mystères, de disparitions, d’adrénaline…

La mer est peut-être la mère bienveillante et aimante des marins et de leurs confidences. Elle conserve, prend soin des secrets les plus biscornus, ardus, étranges, colorés  soient-ils ? J’aimerais qu’elle puisse nous conter les histoires que les marins lui ont confiées au creux de la solitude, du silence, du bonheur partagé … Nous en serions sans doute estomaqués de douceur, de sensibilité,  de trésors et de stupeur.

C’est difficile au début de percevoir, d’entendre que rien ne vous fait plus peur que de devoir écourter votre périple ! Rentrer au port plus tôt que prévu ! Nous revoir plus tôt que prévu ! Quelle monstruosité !

Cependant, après avoir écumé quelques déferlantes, nous comprenons que cette aventure n’est pas « une petite aventure » mais une force déraisonnée qui s’empare de vous jusqu’à la moelle  et vous permet de réaliser vos rêves et de nous en offrir une partie.

« L’amour du Rhum »  n’est pas une esquisse sur une carte, ni un point GPS,  il navigue à travers ce que je suis, ce qu’il est,  et ce que nous sommes ensemble.

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Voilà en Gros, en Bref, dans le Zef les impressions de Manon et de son amour de Marin qui a bien terminé la course !  Nous  vous félicitons  grandement !

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Pour passer la ligne d’arrivée,

J’ajouterai que la route du Rhum est avant tout une aventure d’équipe qui fonctionne grâce à la concordance de multiples énergies, de rencontres, de petites mains. D’individus qui croient, portent, s’investissent, aiment, préparent et encouragent toujours …. Cette Route du Rhum 2014 a rassemblé une quantité folle de curieux, de voileux, de novices, de passionnés.

Une spéciale dédicace aux Normands : Lionel Lemonchois, Miranda Merron, Halvard Mabire, Brieuc Maisonneuve, Christophe Coatnoam, Louis Duc, Marc Lepequeux,  et les skippers des trimarans de l’espace : Yann Guichard et Etienne Hochede.

Bravo à tous les marins qui ont pris le départ, qui sont arrivés à bon port au sec, bon courage  à ceux qui n’ont pas pu aller au bout de leurs ambitions ! Ce n’est,  je leur souhaite, que partie remise !

Merci encore : les terriens ont palpité, vous nous avez offert une belle parenthèse. De bonnes excuses pour partager de bons moments avec les ami(e)s, boire du rhum et rêver au prochain départ 2018 !!!

J’en profite pour remercier le marin que j’ai croisé, celui qui avait les yeux qui pétillent!  Je peux dire que grâce à lui j’ai pu finir de régler mon mât, c’est une belle rencontre.  Je lui souhaite d’être un homme marin heureux et je serai au départ de sa prochaine course pour l’encourager nom de Zeus !

                                                Nina Solal

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