transe nocturne

 -   « Je te quitte, tu n’étais rien… rien qu’un clip passager et amusant ».

Ce puissant  venin ne se fait pas attendre,  ses effets secondaires déboulent… La température de mon corps augmente insidieusement, les battements cardiaques s’amenuisent. Mes sens sont floutés et à la fois s’aiguisent, jusqu'à en devenir astringents. Je perds la vue tandis que mes visions me consument. Mon odorat s’éteint mais son odeur ventouse mes narines. Les sons se brouillent et sa voix retentit. Mon corps ne ressent plus rien mais je rêve de la prendre une dernière fois dans mes bras. Le goût me devient étranger excepté celui reminiscent du creux de ses hanches …  

Je tourbillonne. Des gouttes perlent le long de mon visage, sans connaître leur véritable nature, entre larme et sueur... le tableau est confus. Puis, l’infâme morsure me fait comprendre que finalement je m’étais endormi…

Je veux marcher, j’avance une jambe de plomb après l’autre… chaque pas m’épuise, chaque pas m’emporte, la direction n’a plus de sens et je me perds volontiers. 

Puis, comme une horloge que l’on aurait oubliée de remonter, je me fige. Mon esprit se délie de mon corps, qui, en un instant devient obsolète. Un poids mort à déplacer, l’esprit qui l'animait s’évapore. Une libération en quelque sorte, tel un leste que l’on jetterait par-dessus bord.

Plus un son ne sort de ma bouche malgré  la sensation d’hurler, de m’époumoner. Une vomissure de sang noire contaminée de désespoir dégueule de mon gosier.

Je vis et meurs instantanément,  décapité. Je deviens  un ahuri, rescapé, sans le vouloir, d’un combat acharné. Quelle audace… Sauvagerie tortueuse à l’état pur, jouissance du mal au cœur…

Je ne la savais pas cannibale, je ne me connaissais pas masochiste…

La force de vie anime cette ultime volonté de pouvoir être en capacité de continuer… Pourtant je vacille de tout mon poids, ivre de douleur. La chute me réconforte, impossible de tomber plus bas.  Mes bras sont tendus au-dessus de ma tête pour accueillir l’abîme, pitié qu’il m’engloutisse, vite ….

Son venin d’amour illusoire fût un enchantement telle une pomme rouge luxuriante qui est véreuse, poreuse à souhait … L’aspect de sa robe me berçait avant de me fracasser le cœur de son néant.

Mes vannes étaient ouvertes à la recherche d’un shoot colorisé en surface,  plaisir furtif et superficiel dont je ne pouvais me passer. Sans doute la solitude abyssale eut raison de ma conscience.

Evidence lors de ce jour d’agonie, cette femme était l’absolue de mes démons qu’il me fallait fuir…

Le soleil me réchauffe… mon âme tétanisée s’évertue au bouche à bouche, ce cœur qui s’accroche à la paroi, à ce dernier espoir… Et si j’avais le droit d’être heureux…

Un bruit calfeutré parvient à mes oreilles…J’ouvre les yeux, elle me réanime en un battement de cils. Sa douceur me berce, son amour n’est pas une condition, je suis enveloppé par son flot généreux …

- « Mon amour tu as fait un cauchemar ! » Sans un mot elle me caresse le front pour éponger mon agitation. Son regard si intense m’apaise, le meilleur shoot qu’il m’ait été donné de prendre et ce chaque fois que je la dévisage ; un flux constant, une liesse émouvante et véritable...

Ma respiration revient. Ouf, soulagé … je ne suis pas un masochiste.  Juste un mauvais rêve où je perdais mon panache à la simple idée qu’elle ne soit plus là...

          Nina Solal

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