what else

 Nous étions jeunes … Marcel pour nous, c'était le vieux de la bande. Il prenait ses 34 balais.

L'amitié homme-femme existe réellement ! Si une relation différente a été envisagée, entre nous pas d'échanges de molécules même en cas de traversée du désert, pas de pitié ! Marcel c'est comme un frangin homosexuel. Marcel mon frangin mon poto …. Mon frérot, mon boulet ….

J'avais 18 ans à l'époque ! Une autre dimension. Loin d'être naïve, d'un tempérament bien trempé, je vivais entre campings, appartements et hôtels selon les jobs que je trouvais en attendant de reprendre une route directe vers une orientation durable !

Marcel je l'ai rencontré lors de nos fameuses saisons d'hiver à la Montagne, dans un petit coin perdude Savoie où seul les natifs venaient s'y aventurer. Nous étions une fine équipe de moniteurs de ski !

Marcel c'est le Georges Clooney « Normand-Savoyard », devenu le grand ami de Lola … La seule différence significative est sa situation sociale. Marcel est muni d’un compte en banque sous le niveau zéro : c'est comme l'attraction terrestre il ne peut pas faire autrement. Son patron le harcèle et le menace d'un licenciement imminent, néanmoins c'est une flèche dans sa catégorie. Le chef est bien ennuyé c'est un « as », un leader,  une saison sans lui ce serait une montagne sans poudreuse.

Son café n'est pas un Nespresso mais plutôt le genre bien noir qui a coulé dans la machine du vieux cowboy. Il collectionne les photographies intempestives de sa voiture dont il se fiche éperdument ! Par contre, au point de vue mécanique, c'est de la haute voltige.… Marcel vous remet sur pied n'importe quelle bécane ou engin roulant.

Marcel vivait dans son camion, un espace calfeutré, un nid privilégié où il recevait «  la bande des Freak's Brothers » composée de sa quasi frangine Lola et nos 3 « potos » qui formaient notre équipe indissoluble. Des heures d'enfumage, de confessions les plus intimes aux débilités les plus profondes !

Nous vivions une forme de communion fraternelle. Ces échanges furent embaumés par ce flot de lâcher prise dans les méandres de nos pensées les plus insolites. Nous carburions sévèrement, à la conquête de la déchirure de cerveau…. le côté obscur de nos épanchements... Une flopée d'écorchés solidaires retrouvant une sphère familiale pas très sage ! Du bonheur !

Marcel aime le rock genre « Sex Pistols, The Who, Cake... » Il possède de vieilles cassettes collectors et un ampli qui, selon lui, offre un son grésillant légèrement saturé, approprié pour ce genre de musique. En vérité, il éprouve moult résistances aux nouvelles technologies.

Il luttait à la recherche constante de son homéostasie... entre débandade, joie et grande mélancolie. Ses remèdes: les substances illicites, l'alcool les femmes et une obstination à ne surtout pas s'immerger dans la bulle sociétale !!! … Marcel s'obstinait à oublier ses valises d'enfant maltraité et ce vide affectif laissé par une mère en incapacité de lui offrir un soupçon d'amour, tandis que son père le frappait.

Sa chevelure génétiquement modifiée: garnie brune grisonnante, pour ne pas dire blanche grisonnante…! lui donnait une prestance virile. 1 mètre 85 de chair fraîche, un corps fuselé, le gras ne l'atteignait pas, très peu pour lui. Il se trémoussait tel un coq pour qui toutes les poules caquetteraient à son passage. Marcel porte un regard optimiste sur lui … Il s'en amuse, son sourire en biais avec ce léger frémissement de contentement : je suis beau non ! What Else ?

Son regard bleu irisé d'un gris dominant envoie à celui qui le croise un électrochoc, vous êtes « Marcelisé »! J'ai pu le constater à maintes et maintes reprises une calamité ! Lorsque Marcel arrivait dans un bar, nous entendions le scintillement des alliances s'affaler sur le carrelage et les petites culottes volaient. Les femmes s'agglutinaient telles des abeilles sur les fleurs pour s'abreuver de pollen … Avec les  potos  nous faisions des paris : quelle donzelle ce soir étreindra les amortisseurs de son Wolswagen qui participait à toutes les festivités de cette planète? .... Marcel était le roi de la capote ! Il provoquait souvent des malaises !! Marcel avait autre chose à faire que de réanimer ces demoiselles.Un sauvetage de sa part nous avait valu un arrêt cardiaque. Je me trouvais donc Contrainte de passer mon brevet de secouriste ! Depuis Marcel ne met plus sa bouche n'importe où...

Vous pouvez me croire un grand soulagement !!! Nous pouvions faire ce que bon nous semblait enfin en touteplénitude !  Nous autres préférions affiner notre palais quant à la connaissance du houblon et de toutes ces saveurs subtiles … jusqu'à un certain moment de la soirée...

Nous ne nous gorgions pas que d'ivresse ! Nous étions des passionnés, notre métier nous unissait. Le sport et ses sensations fortes. Ce qui nous imposait d'être responsable la moitié de la journée. Cet aspect était notre ligne de mire avec laquelle nous conservions la tête sur les épaules. La montagne ne permet pas les frivolités nous lui étions trop reconnaissants. Sans oublier les clients en attente d'adrénaline, comme nous finalement. Le plaisir de partager une passion, d'exercer une profession qui se définit par une béatitude journalière.

Son nez est robuste et bien dessiné, un peu à la grecque. Sa bouche est pulpeuse délicatement ourlée! Des mains calibrées pour faire l'amour, du bricolage, enfiler ses chaussures de cosmonaute, et donner la fessée... Marcel nous contait avec talent ses expériences favorites dans le domaine...Ce qui nous a valu nombre de fous-rires incalculables et l'envie de ne jamais en recevoir de peur que cela ne soit plus un secret ! La dernière déculottée prodiguée par Marcel fût mémorable, 50 nuances de Grey à côté c'est de la fiotte en barre, la fessée du nain de jardin... la littérature érotique pour schtroumpfs découvrant l'emplacement du point culminant...Hé oui...

Les femmes admirent les fesses des hommes, vous imaginerez que la description que je pourrais vous faire des siennes serait « très mesurée » ! Ne créons pas d'émois ingérables. Je peux seulement vous dire que la lune en est jalouse à s'enrouler dans les anneaux de saturne. Depuis tétanisée, elle a entrepris une psychanalyse avec Pluton.

Très élégant naturellement un rien lui va : il te transforme un ciré jaune Guy Cotten pour parisien découvrant la mer en veste ultra sexy à la pointe de la mode ! Il pourrait partir en chaussures de ski à la gare Montparnasse que les passants trouveraient cela très élégant.

Avec Marcel et son orchestre, nous nous sommes octroyés le droit de vivre des expériences insolites, comme des enfants qui repoussaient leurs limites, des adultes qui ne pouvaient se résoudre à une banalité affligeante.

Nous étions alors à la recherche d'émotions puissantes pour nous assurer que le temps qui s'écoulait avait des raisons valables de défiler.                  

                  Nina Solal

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